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© Mario Beauregard

Entrevue réalisée par Marie Grégoire, rédactrice en chef du MAG


 

Au moment où les Jeux olympiques de PyeongChang 2018 démarrent, le MAG s’est entretenu avec Jean-François Ménard. Cet entrepreneur à la tête de Kambio Performance accompagnera plusieurs espoirs olympiques à titre de préparateur mental.

Jean-François Ménard a fait ses débuts avec le Cirque du Soleil. Depuis, il œuvre comme préparateur sportif auprès d’athlètes olympiques et professionnels, mais aussi de gens d’affaires et de professionnels de la santé. Son objectif est simple, même si le chemin peut être complexe. Il accompagne ses clients vers l’excellence. Pour lui, l’important n’est pas de participer, il faut vouloir gagner. Il se rappelle qu’un jour un athlète l’a approché en lui disant qu’il souhaitait aller aux Jeux olympiques…  La réponse du préparateur mental, qui travaille entre autres avec Mikaël Kingsbury, a été simple : il devait se mettre dans la tête de gagner. « Ça a changé son comportement et son attitude. »

 

En sport comme en affaires, on ne peut réussir seul.

Quand on demande à Jean-François Menard si les athlètes sont prêts pour le rendez-vous, il répond du tac au tac. Selon lui, la préparation des athlètes est certes importante, mais celle des membres de l’équipe qui les entoure est tout aussi essentielle. Lui qui accompagne huit athlètes dans cinq disciplines différentes est sans équivoque : l’entourage ne peut pas avoir d’états d’âme et les entraîneurs doivent rester calmes et en contrôle. « On parle peu de l’équipe autour, les entraîneurs, l’équipe médicale… Eux aussi doivent performer. »

Ainsi, il se dit prêt à relever le défi et à accompagner les athlètes comme il l’a fait au cours des dernières années, un rôle qui prend tout son sens si la confiance est là. Son approche s’adapte au parcours de chacun. Dans le cas de Scott Moir et de Tessa Virtue qui ont décidé de reprendre l’aventure olympique, ils ont dû composer avec un cycle de deux ans au lieu de quatre ans. Cela a été une grosse montagne à surmonter, avec plusieurs succès impressionnants remportés dans 14 compétitions, dont une note parfaite.

 

Victoire et défaite – son rôle ?

Cela ne veut pas dire que le parcours est linéaire. Même si on déteste perdre, la défaite fait parfois partie du parcours. Pour Jean-François Ménard, « un vrai gagnant qui perd quelque chose qui fait mal va avoir plus faim pour gagner par la suite. Les obsédés de la victoire apprennent beaucoup dans la défaite. »

Il illustre son propos en revenant sur les récentes compétitions du snowboarder Max Parrot lors des X Games d’Aspen, au Colorado, en janvier dernier. Après une contre-performance en Slopstyle, je jeune homme a décroché l’or 36 heures plus tard dans le BigAir.

Selon lui, l’une des plus belles choses de la défaite, c’est de voir l’attitude de l’athlète – la force mentale – lorsque celui-ci choisit d’avoir une bonne attitude au moment où on ne s’y attend pas. « Se rendre au top c’est plus simple que d’y rester. » Si le préparateur a un rôle, il ne peut pas faire le chemin seul : « On peut tirer un cheval vers la rivière, mais s’il n’a pas soif, il ne boira pas. Chacun a son cheminement. Le temps de réflexion et de vivre ses émotions sont une bonne chose. » Il faut que l’athlète s’investisse.

 

L’expérience des Jeux olympiques

Quelques jours avant les Jeux olympiques, les athlètes n’ont pas tous les mêmes horaires. Certains sont en pré-camp olympique, d’autres à la maison. Ceci dit, il reste un dénominateur commun : l’état d’esprit est synonyme de fébrilité et d’excitation.

Dans la dernière ligne droite, le rôle de Jean-François Ménard est d’aplanir le doute. « C’est le temps d’y aller, on est prêt, on sent qu’il faut y aller ! » Il discute des derniers mois avec les athlètes, regarde le chemin parcouru en se rappelant qu’ils ont fait du bon travail. Il parle de la préparation et du gros examen de fin de session qui arrive : « Tu as fait tout ce que tu avais à faire. Le matin, tu révises tout et tu te dis « Je suis à la bonne place ». Tu es prêt et tu te dis « Amène-le l’examen ! ». »

Le rôle de l’équipe prend encore là tout son sens. Il se rappelle de l’équipe de l’Australie à Rio. En arrivant sur le site des Jeux olympiques, la délégation australienne a constaté que les toilettes n’étaient pas toutes installées, qu’il manquait des poignées de porte. Bref, que le village n’était pas prêt. L’équipe, plus que les athlètes, en a fait un drame, ce qui a eu un impact direct sur les performances.

Il faut apprendre à faire avec… Go with the flow afin de ne pas créer d’anxiété.

 

Au-delà des Jeux olympiques

Accompagner les athlètes, c’est une chose, mais la préparation mentale s’applique tout autant dans le monde des affaires et à toute personne qui souhaite atteindre des objectifs ambitieux en se dépassant. Comme le fait remarquer Jean-François Ménard, 90 % des PDG du Fortune 500 sont des athlètes parce que cela prépare à gérer sa vie de la même façon. Il faut savoir doser l’entraînement, avoir une saine alimentation et se préparer mentalement, avec la méditation. Pour lui, la réflexion, le fait de toujours se demander comment s’améliorer, doit aussi les animer. Cette approche s’applique même à la vie de papa. Le père de deux enfants rappelle que les grands mentors sont des modèles et qu’ils ont des enfants qui eux aussi ont très bien réussis.

 

Les résultats ?

Est-ce qu’il y a des conditions gagnantes pour tirer le plein profit des conseils d’un préparateur mental ? Jean-François Ménard considère la réussite comme l’addition du travail collectif et de la patience. Il prend comme exemple le parcours du planchiste Chris Robanske. Malgré un travail acharné au cours de la dernière année, la performance était moyenne. Finalement, il a fait un podium à la fin janvier. « Il faut être patient. La réflexion faite, il faut se donner du temps pour récolter. C’est un peu comme les tailleurs de pierre. Ils peuvent avoir besoin de 20 coups pour la briser, mais tous les coups s’additionnent. Ce n’est pas une question de « si », mais une question de quand ? »

Ceci dit, la trajectoire est plus simple quand les objectifs et les échéanciers sont clairs. Si le calendrier des coupes du monde et des Jeux olympiques simplifient les choses pour les athlètes amateurs, le calendrier est souvent plus flou pour les athlètes professionnels, les artistes ou les gens d’affaires, ce qui peut compliquer un peu la démarche.

Jean-François Ménard applique aussi son modèle à son entreprise, Kambio Performance. Les résultats sont au rendez-vous. Pour le préparateur mental et conférencier, ils sont dus à sa performance, mais aussi à ses clients qui le motivent et l’inspirent. « On devient comme les gens avec lesquels on passe le plus de temps, et j’ai la chance d’être entouré de gens inspirants. »

Il a déjà agrandi son bassin de clients : un policier qui veut intégrer l’équipe SWAT, une personne qui souhaite monter l’Everest, des personnalités du monde de la musique et même un chirurgien. Il est prêt à accompagner toutes les personnes prêtes à se dépasser et qui, surtout, sont ambitieuses.

Pour la suite, il rêve de s’associer à des grandes entreprises internationales comme Google, mais aussi de grandes entreprises québécoises. Il souhaite avoir un impact de haute performance dans des organisations bien de chez nous.

Et s’il pouvait choisir un client, n’importe lequel ? Ce serait de se dépasser et d’apprendre aux côtés d’un Federer ou d’un Nadal !

 

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